À tous ceux qui ont raté les épisodes précédents, il conviendra de rappeler qu’il n’y en avait pas.
Ceci est un début, donc.
S’agit pas de sa planter, pour un début : Le stress, l’angoisse, la peur de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur, de décevoir…
En même temps, vu que personne n’est au courant de l’existence de ce blog, ça relativise un peu le niveau d’exigence des masses exigeantes.
Puis si un éventuel quidam, égaré au hasard de ses pérégrinations internautiques, en venait à s’échouer sur le rivage incertain de ma prose, rien ne l’obligerait, au cas fort improbable où mes élucubrations n’auraient fait naitre en sa raison aucun écho résonnant, à m’en signaler l’indélicate superfluité. Et de s’en aller cliquer plus loin, ajoutant à l’éventualité quidamesque la discrétion louable de sa gracieuse invisibilité. (C’est la foire aux adjectifs, profitez-en !)
Bon, allez, faut se lancer là…
Oui mais, vous êtes marrants, vous (Si si, vous êtes marrants, ne niez pas ! Sinon vous auriez déjà cessé de lire depuis la première ligne), pour un début, il faudrait déjà trouver une première phrase. Parce que si je commençais par la seconde, ça ne ferait pas sérieux.
C’est important, une première phrase : Dans combien de livres avons-nous égaré nos heures perdues, accroché nos mirettes aux miroirs encrés de mots agglutinés, déroulé les pages comme phylactères interminables de prières incongrues, au seul motif d’une première phrase aguicheuse dont le verbe enjôleur, la syntaxe ferme et la verve enflammée nous avaient fait monter le tortueux escalier du désir, l’esprit tout émoustillé aux promesses d’extases lettreuses à venir, alors que bon…
Ceci dit, la première phrase ne fait pas tout, dans un texte. Sinon, les zoteurs ne s’embêteraient pas à nous tartiner des pages et des pages, et se contenteraient de n’écrire que des premières phrases. Et ça nous ferait de la place dans les bibliothèques.
Il y a même eu des auteurs qui ont eu des petits succès avec des texte dont la première phrase était horriblement ratée.
Un exemple me vient en mémoire, qui débutait par cette étrange apostrophe : “Au commencement était le verbe.”
Stylistiquement parlant, rien à dire, ça en jette : “Au commencement était le verbe”. Ça te tourne dans la bouche comme seuls savent le faire les meilleurs Bourgogne, ça te tonitrue le tympan tel le toc-toc-toc d’une toccata bien toccatante, y’a pas à chier, c’est stylé !
Mais pour qu’une phrase soit pleinement réussie, le style ne suffit pas. Les fées Rigueur, Cohérence et Complétude doivent aussi se pencher sur le berceau du mot afin que l’Art, tel le pain, soit total.
Et là, forcédadmettre que ça tombe à plat : “Au commencement était le verbe”, c’est complètement impossible. (et parfaitement intraduisible en Allemand où le verbe vient en deuxième position à part dans les subordonnées où il est placé à la fin. Ben oui, quand on veut écrire un texte ayant un minimum d’ambition à l’export, il faut y penser, sinon on nage en plein amateurisme !)
“Au commencement était le complément circonstanciel de temps”, là, j’aurais admis quand bien même le style en eut quelque peu pâti.
“Était au commencement le verbe”, j’aurais même applaudi.
C’est que ça ne s’improvise pas, un début.
Ça ne se termine pas, non plus. Il serait incongru d’achever ce qui n’est pas encore commencé.